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Comment transmettre un double héritage religieux à nos enfants?

Nicole El M.

Comment transmettre notre propre foi? Quelle éducation religieuse donner à nos enfants? Comment respecter notre conjoint lorsque nous expliquons notre religion à nos enfants et les faisons participer à ses rites? Devons-nous faire le choix de les enraciner dans une communauté plutôt que dans une autre?

 

Ces questions sont récurrentes depuis la fondation du Groupe des Foyers islamo-chrétiens (GFIC) en 1977.

Chaque famille met en place ses propres stratégies, mais nous pouvons dire que le trait commun de tous les membres de ce groupe est de tenir à transmettre, sinon sa foi, un double héritage religieux à ses enfants. Nous pensons qu’en réfléchissant à notre propre identité, et particulièrement à notre identité religieuse donc notre foi, nous pouvons aider nos enfants à construire la leur avec le plus de richesses possibles.

Nous nous proposons donc de relater une expérience de collaboration et d’entraide qu’un groupe de parents a mis en place dans les années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, à l’intérieur du groupe des Foyers islamo-chrétiens.

MULTIPLES APPARTENANCES ET UNITES DANS LE GFIC

Ces familles ont le sentiment que leur place dans la société les pousse à être un lien entre les strates sociales différentes. Parallèlement à leur engagement religieux, beaucoup sont engagés dans la vie associative ( ou dans la politique locale). Il est à noter que si la plupart des grands enfants (adolescents ou jeunes adultes) n’ont pas choisi d’appartenance religieuse à l’instar de leur génération, beaucoup ont repris à leur compte les engagements sociaux de leurs parents et se considèrent aussi comme un pont entre les différents milieux d’origine de notre société. Ils se sentent résolument français en France, mais avec un « plus » qui leur permet de comprendre les autres.

Le trait commun de toutes ces familles est sans aucun doute la volonté d’entretenir et de créer des liens sociaux multiples. Parmi ces liens, celui que les adultes cherchent à garder avec la communauté religieuse d’origine (tout en ayant élargi l’idée qu’ils se font de Dieu), produit des sentiments ambivalents: bien-être de se ressourcer, mais aussi regret de devoir vivre ce moment seul. Car le religieux appelle à avoir des relations fusionnelles, avec Dieu et avec les hommes, symbolisées par la « communion ». D’où le désir de partager ces moments avec ses enfants, tout en ménageant l’autre parent; jusqu’où aller pour ne pas déposséder l’autre, pour rester dans ce qui est tolérable pour l’autre?

L’immense majorité des parents de ce groupe a fait un chemin intérieur qui lui permet d’accepter que chacun dans le couple puisse parler de sa foi à ses enfants, sans aucune censure.

Les fêtes musulmanes et chrétiennes sont des événements particulièrement fédérateurs dans les familles. Tous y participent sans distinction d’origine ethnique. Malgré tout, les enfants nous ont souvent dit que pour eux, les fêtes musulmanes qui sont célébrées de manière privée en France sont moins joyeuses que les fêtes d’origine chrétienne, relayées par la société entière. Ils préfèrent vivre les fêtes musulmanes dans le pays d’origine de leur parent. Ce qui compte le plus à ce moment pour eux, c’est « faire plaisir » au parent d’origine étrangère.

Si chacun essaie d’assumer le mieux possible ses multiples appartenances, tous aspirent aussi, à certains moments, à retrouver une unité en eux-mêmes, dans leur couple, et dans la micro société- limitée dans le temps- qu’ils ont construite grâce au GFIC. Ce groupe a donc besoin de rites qui lui soient propres. Chaque rencontre a ses moments de rassemblements liturgiques. Ils n’ont aucun caractère obligatoire, mais ils sont très largement suivis. Une messe est dite pour les chrétiens, beaucoup de musulmans y assistant, voire jouent de la musique pour accompagner les chants. Tout comme beaucoup de chrétiens assistant au temps spirituel musulman. Mais le rite rassembleur par excellence reste « le temps de recueillement islamo-chrétien », préparé et monté de toutes pièces par des membres des deux religions, à partir des textes fondateurs des deux traditions. Depuis le début du groupe, les parents ont cherché à intégrer à leurs enfants ce temps spirituel plutôt qu’à la messe ou à la prière musulmane lors de ces rencontres. Ces moments sont parfois la source de beaucoup d’émotions chez les adultes qui ont le sentiment de vivre alors, avec leur conjoint, leurs enfants, quelque chose d’exceptionnel: une impossible unité (de l’ordre du « Paradis perdu ») retrouvée?

DANS LA TRANSMISSION, RESPECTER NOTRE CONJOINT

Consciemment ou non, tout parent cherche à transmettre à son enfant ce qu’il est profondément, même celui qui pense respecter l’autonomie et la personnalité propre de celui-ci (heureusement, de multiples influences extérieures exercent un contre-pouvoir).

L’immense majorité des parents de notre groupe a décidé de laisser le libre choix de la religion à ses enfants. Très peu d’enfants ont été baptisés étant bébés, alors que presque tous les garçons ont été circoncis. Socialement, le baptême et la circoncision sont des rites de passage, mais leur signification symbolique est différente. Le baptême est l’acte fondateur de l’entrée dans la religion chrétienne, tandis que la circoncision qui est une tradition sémitique ne fait pas en soi du garçon un musulman. Elle est donc vécue par les parents comme un acte intégrateur à la société du parent arabe ou africain, sans exclure l’autre appartenance. Nous avons pensé dans un premier temps que la solution du libre choix religieux de l’enfant respecterait la liberté de celui-ci. Puis nous nous sommes aperçus que nous nous trompions d’objectif. Il s’agissait en fait pour nous de respecter notre conjoint, et de ne pas le priver de la possibilité de transmettre également ce qu’il est profondément. Nous nous situons à ce niveau-là dans le domaine des concessions que chacun accepte de faire pour l’autre.

D’ailleurs, les enfants, jusqu’à 12-14 ans, nous ont souvent rétorqué qu’on leur mettait sur les épaules une responsabilité trop grande, et qu’ils risquaient de faire de la peine à l’un de leurs parents, même s’ils recevaient l’assurance verbale que ce n’était pas vrai.

A mon avis, ils ont la conscience diffuse de la situation foncièrement inégalitaire qui existe entre leurs deux parents quant à leurs possibilités de transmission. Au delà de ses parents, l’enfant est forcément très marqué par le pays où il vit habituellement, et pour nous aujourd’hui, c’est la France. D’autant plus que nous-mêmes avons la ferme volonté de les intégrer dans la société où ils vivent. C’est donc par une attitude volontariste que nous essayons de compenser cette inégalité fondamentale, avec plus ou moins de bonheur, nos enfants ne sont pas bilingues par exemple.

Finalement leur éducation religieuse a été plus facile, il me semble, parce que, portée par le couple parental, et aussi par un groupe communautaire, dans lequel les membres partagent un grand nombre de valeurs communes.

Nous avons écrit dans le dossier de présentation du GFIC que plus profonde est la connaissance par chacun des membres du couple, de la religion de l’autre, plus facile est l’initiation de l’enfant: chacun peut ainsi, non seulement exprimer sa croyance, mais préciser au besoin la différence avec celle de l’autre parent.

Certains enfants du groupe vont ou sont allés au catéchisme, avec l’accord du parent musulman, qui complète lui-même par une information sur l’islam. Cette démarche concerne une minorité d’enfants. Tous les parents du groupe, musulmans et chrétiens, pensent que l’école coranique n’est pas adaptée à nos enfants à cause de ses méthodes.

Dans un premier temps, les parents optent en général pour un éveil à la foi dans le cadre familial, en insistant sur tout ce qui est commun et essentiel dans les deux traditions, sans pou autant occulter les divergences, mais sans insister sur elles. Les enfants grandissent et vivent dans un climat de respect de chacune des croyances, tout en ayant progressivement conscience de la différence des deux religions.

UN PARENT MUSULMAN PREPARE LA RENCONTRE AVEC UN PARENT CHRETIEN

Une dizaine d’années après la fondation du GFIC, les adultes sont passés du partage de leurs expériences concernant l’éducation religieuse de leurs enfants, à la volonté de mettre en commun leurs compétences réciproques pour transmettre leurs cultures religieuses, étant entendu que la foi par elle-même est un acte d’adhésion personnelle, qui à la limite ne regarde plus les parents.

Ces personnes avaient toutes des enfants nés au début des années 80 et habitaient la région parisienne. A force de se voir régulièrement même si ce n’était pas très fréquemment, les enfants – en gros une dizaine – se sont attachés les uns aux autres et ont rapproché leurs parents qui ont noué des liens d’amitié encore plus solides à l’intérieur du groupe.

Nous avons déjà vu que nous avons fait aux enfants une place de plus en plus importante lors des célébrations communes. Ils semblaient apprécier ce moment festif. Puis nous avons pris conscience que le groupe était important pour eux, et que de manière diffuse, ils commençaient à partager une certaine identité collective. « Les autres enfants étaient pareils qu’eux ». Nous leur expliquions bien sûr pourquoi les parents se réunissaient. Nous avons fini par les voir « jouer à la réunion ». Nous leur avons donc proposé « une réunion pour les enfants » que nous avons organisée d’après les idées des plus grands. Ils ont tout de suite voulu parler du racisme.

Cela nous a un peu surpris car ni les uns ni les autres n’avaient eu à en souffrir personnellement. Cela reflétait déjà, sans doute, une intériorisation des engagements de leurs parents. Les plus grands ont inventé des sketches, nous avons lu des histoires traitant de ce sujet aux plus petits (âge d’école maternelle).

Peu à peu, nous avons structuré le contenu de ces réunions qui ont lieu en gros un dimanche après-midi par mois pendant cinq ans. Il est à notre que les mères se sont beaucoup plus engagées dans l’animation du groupe que les pères, par ailleurs tous très impliqués dans l’éducation familiale de leurs enfants.

Nous en sommes venus à proposer tout un cycle sur les prophètes dans la Bible et le Coran. A tout de rôle, un parent musulman préparait la rencontre avec un parent chrétien. Nous faisions chercher aux enfants la signification de « l’histoire ».

Pour que cette rencontre convienne à des âges différents, nous avons diversifié les activités: apprentissage d’un contenu, libre expression de ses opinions personnelles, activités d’expression (peinture, chant, théâtre). Dans un souci d’authenticité, nous avons respecté les traditions esthétiques de l’islam et du christianisme. En référence aux vitraux et aux mystères du Moyen-Age, nous avons utilisé la mise en scène des paraboles de Jésus, ou des dessins représentant des scènes de l’Evangile. Par contre, nous n’avons jamais fait dessiner le prophète Mohamed, nous avons alors plutôt privilégié la calligraphie ou la psalmodie.

Nous nous sommes en fait beaucoup inspirés des méthodes du catéchisme, tout en adaptant un contenu musulman.

DES QUESTIONS SOULEVEES

Les années passant, nous avons évolué vers une explication plus précise des deux religions. Les dogmes contradictoires ont parfois suscite de vifs débats chez les enfants. Par exemple: pourquoi les chrétiens disent-ils que Jésus est mort puis ressuscité, et les musulmans qu’il n’est pas mort mais qu’il a été élevé directement auprès de Dieu? Les enfants en ont conclu que les modalités de la mort de Jésus n’avaient pas beaucoup d’importance: l’important c’est que la parole de Dieu donnée par Jesus ne pouvait pas mourir! Nous laissons la responsabilité de cette interprétation aux enfants bien sûr.

D’une manière générale: ils n’ont jamais semblé très perturbés par les dogmes différents. Ils ont plutot été sensibles aux messages humanitaires des deux religions: « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » et « Tous les hommes sont membres de la famille de Dieu. Le plus proche de Dieu est celui qui est le plus utile à cette famille » (Hadith du prophète Mohamed). Ils savent, parce qu’ils l’ont expérimenté dans leur propre famille, que les hommes sincères issus de deux religions différentes peuvent se comprendre, se respecter et s’aimer. Ils ne peuvent ni admettre les intégrismes de tout bord, ni penser que la croyance en Dieu mène fatalement au fanatisme. Même s’il y a fort à faire avant que tout le monde en soit convaincu!

Lors des dernières rencontres organisées par les parents, les enfants ont souhaité faire des recherches eux-mêmes sur des sujets qui les intéressaient personnellement. Ils ont pu exposer aux autres aussi bien la vie de Saint-François d’Assise, que celle de Martin Luther King…ou de Ghandi et de Bouddha.

A L’ADOLESCENCE

Puis nous avons pensé que l’adolescence arrivant, nous devions, nous les parents, nous retirer sur la pointe des pieds; les laisser gérer tout seuls leurs relations, les liens qui les unissaient s’ils souhaitaient les voir durer.

A l’intérieur du GFIC, les parents qui ont de plus jeunes enfants ont pris le relais pour eux. Ils se servent de ce que nous avons fait, en innovant. Nous voyons lors des réunions de Pentecôte qu’un lien très fort existe entre ces jeunes enfants, comme celui qui perdure entre leurs aînés.

Nous constatons en général que les grands enfants des adultes du Groupe des Foyers islamo-chrétiens se ré-approprient à leur manière l’héritage de leurs parents, mais ne le rejettent pas. Ils ont le sentiment d’avoir toujours fait partie ud groupe au même titre que leurs parents. Même s’ils commencent à avoir leur propre vie et leurs propres champs d’investigations, ils sont toujours liés à leurs amis d’enfance.

Nous pensions laisser beaucoup de liberté de choix à nos enfants. Sans nous rendre toujours compte que, tout en évitant les injonctions: « Tu dois faire ceci et croire cela », les liens communautaires très forts qui nous unissaient lors de nos rencontres induisaient des comportements apparemment spontanés de leur part, mais dans la droite ligne des convictions de leurs parents. Pendant la guerre en Bosnie, ils nous ont fait la surprise d’une vidéo. Cette fiction, inventée et jouée par eux-mêmes, avait pour sujet un amour impossible, mais qui connaissait malgré tout la fin heureuse d’un mariage, entre un serbe et une bosniaque musulmane.

Pour conclure, je me permettrais de communiquer les réflexions de nos grands enfants adolescents ou presque adultes maintenant, que j’ai interrogés récemment afin de faire un petit bilan pour cet article. A l’unanimité, ils déclarent avoir un très bon souvenir de ces rencontres, ils étaient très heureux de se retrouver entre amis, d’une part, d’autre part le contenu de ces rencontres les a marqués, et ce qu’ils ont appris est tout aussi important à leurs yeux. Je dois avouer que j’ai été agréablement surprise par cette découverte. Ils insistent sur l’importance pour eux d’avoir une culture religieuse qui les aide à comprendre le monde dans lequel ils vivent. Notre civilisation occidentale est héritière de la civilisation chrétienne, il leur semble important de connaître ses fondements, ses symboles.

Quant à l’héritage musulman, ils sont heureux de le comprendre et de ne pas faire de contre-sens par rapport à lui. Ce qu’ils ont appris dans le groupe est donc complémentaire de ce qu’ils ont appris à l’école. Tout insistent: ils n’auraient trouvé ce contenu nulle part ailleurs.

Ils soulignent également la liberté de parole qui régnait lors de ces réunions. Ils pouvaient tout dire sans qu’on les oblige à croire à tel dogme. Ceux qui sont allés au catéchisme relèvent particulièrement ce trait. Même si l’ambiance du catéchisme était agréable et chaleureuse, ils ressentaient malgré tout une invitation facile à croire de telle ou telle manière.

Très peu ont choisi une religion. D’une manière plus élargie dans le groupe, le scoutisme, catholique ou musulman ( ce dernier est très libéral dans la fédération de France) , a été plus déterminant d’un choix de religion affirmé chez quelques jeunes que le groupe islamo-chrétien qui entend mettre sur le même pied les deux religions. Un petit garçon nous avait déclaré il y a quelques années « je suis musicien » (musulman et en même temps chrétien).

La plupart se disent croyants, mais refusent de s’engager dans une religion particulière, tout en se sentant parfois plus proches d’une religion ou de l’autre. Tous soulignent la richesse d’avoir deux cultures d’origine, et les valeurs communes des deux religions familiales.

Avons-nous réussi? Avons nous échoué dans la transmission de notre foi? Pas plus, pas moins, je pense, que tous les parents croyants d’aujourd’hui.

Nous pouvons être sûrs d’une chose: nous avons essayé – et plutôt réussi je pense – à être agents de médiation entre nos enfants et la société dans laquelle ils sont appelés à vivre. Nous leur avons donné des clefs de compréhension de nos propres valeurs spirituelles…L’avenir leur appartient.

Sophie C.

Plus qu’une banale formalité administrative d’état civil, plus que l’attribution d’une identité à un enfant, le choix du prénom pour un enfant de couple mixte n’est jamais anodin. Conscients de transmettre deux histoires, deux mondes, deux cultures, deux religions à leur enfant, les parents accordent une importance toute particulière à ce qui deviendra le symbole de sa double appartenance.

Partager sa vie dans la durée avec un conjoint de culture et de religion différente est un défi. C’est aussi un choix qui suscite beaucoup d’inquiétudes dans l’entourage. Le GFIC ne propose ni modèle, ni conseils mais permet aux personnes concernées de puiser dans le récit des expériences diverses de ses membres.

Vivre et grandir ensemble alors que l’on vient de deux cultures ou deux religions qui se sont trouvées en concurrence et même en lutte ouverte pendant des siècles, voilà le défi que relèvent bien des couples, en particulier ceux qui « conjuguent » une origine chrétienne et une origine musulmane.