Le difficile choix du prénom

Sophie C.

Plus qu’une banale formalité administrative d’état civil, plus que l’attribution d’une identité à un enfant, le choix du prénom pour un enfant de couple mixte n’est jamais anodin. Conscients de transmettre deux histoires, deux mondes, deux cultures, deux religions à leur enfant, les parents accordent une importance toute particulière à ce qui deviendra le symbole de sa double appartenance.

 

L’enfant qui portera un prénom  » marqué  » par son origine risquerait de se sentir mis à l’écart d’une des identités qui le constitue. Il est aussi aisé de comprendre que des grands-parents bretons auraient du mal à apprivoiser un petit-fils répondant au prénom de Mohammed, qu’il paraît ridicule de voir une petite fille nommée Victoire jouer avec ses cousines Loubna et Nawal une fois retournée au pays pour les vacances.

Le recensement des prénoms des enfants des couples du Groupe des Foyers islamo-chrétiens nous fait comprendre à quel point chaque nom était l’aboutissement d’une recherche, d’une réflexion approfondie de la part des parents, qui nous offrent parfois la preuve réussie de leur imagination débordante.

Nous distinguons principalement trois approches différentes dans le choix du prénom:

La première, qui semble à premier abord la plus évidente, est celle qui effectue un retour en force ces dernières années, à savoir l’attribution d’un prénom issu du fonds religieux commun islamo-chrétien. Parmi les enfants du groupe, nous citons Gibril/Gabriel, Myriam, Adam, Elias, Hanna/Anne, Youssef/Joseph, Ismael, Zakaria, Sarah, Noah etc.

La deuxième voie consiste à donner à l’enfant un prénom  » passe-partout « , qui sera aussi bien accepté dans l’une et l’autre de ses familles. Certains prénoms ont leur correspondant dans l’autre culture, d’autres ont une ressemblance phonétique, d’autres encore sont appréciés pour leur caractère  » international « , dont on ne distingue pas d’emblée l’origine. Nous retrouvons Sophia, Skander/Alexandre, Anis, Inès, Jasmine, Neyl, Nadia, Camélia, Sami, Sonia, Rayan, Lina, Marwan, Rami/Rémi, Mélissa, Yanis, Linda…

Enfin, certains parents préfèrent opter pour un prénom composé, reflet le plus concret de la double appartenance de l’enfant. Toutes les compositions, des plus classiques aux plus audacieuses, sont alors permises. Voici quelques unes de ces trouvailles : Caroline-Leila, Louis-Brahim, Marie-Selma, Christophe-Jalil, Nolwenn-Myriam, Marie-Shahrazad, Mallaury-Gibril etc.

Les livres peuvent se révéler d’une grande utilité dans la recherche d’un prénom. En voici quelques uns :

Les plus beaux prénoms du Maghreb avec l’étymologie des prénoms français correspondants, de Abdelghani BELHAMDI et Jean-Jacques SALVETAT, Ed. du Dauphin, 2000.

Les prénoms apparaissent par ordre alphabétique arabe, peu conforme au nôtre. Ils figurent en translittération française, avec leur correspondance en écriture arabe. L’origine de plus de 400 prénoms est examinée, chaque entrée occupant une demi-page ou une page. Un index dans l’ordre alphabétique occidental en facilite la consultation. Fascinant et très bien documenté par une série d’annexes.

Le livre des prénoms arabes, de Younes et Nefissa GEOFFROY, Ed. Al Bouraq, avril 2000.

Les prénoms arabes, de Fatiha DIB, Ed. L’Harmattan, 1995

Nicole El M. [Réf. : Accueil et Rencontre, CPM, hiver 2002]

Comment transmettre notre propre foi? Quelle éducation religieuse donner à nos enfants? Comment respecter notre conjoint lorsque nous expliquons notre religion à nos enfants et les faisons participer à ses rites? Devons-nous faire le choix de les enraciner dans une communauté plutôt que dans une autre?

Partager sa vie dans la durée avec un conjoint de culture et de religion différente est un défi. C’est aussi un choix qui suscite beaucoup d’inquiétudes dans l’entourage. Le GFIC ne propose ni modèle, ni conseils mais permet aux personnes concernées de puiser dans le récit des expériences diverses de ses membres.

Vivre et grandir ensemble alors que l’on vient de deux cultures ou deux religions qui se sont trouvées en concurrence et même en lutte ouverte pendant des siècles, voilà le défi que relèvent bien des couples, en particulier ceux qui « conjuguent » une origine chrétienne et une origine musulmane.