Les Sept Dormants d’Ephèse rapprochent les couples islamo-chrétiens

Romain TIRIONS, La Croix du 23 juillet 2010

Le pardon des Sept-Saints dormants d’Éphèse, qui se tient ce week-end dans les Côtes-d’Armor, réunit chrétiens et musulmans depuis 1954. L’un des rares événements permettant aux couples islamo-chrétiens, comme R. et S., de partager une expérience religieuse.
Rares sont les événements religieux où une messe est suivie de la lecture d’une sourate du Coran. Le pardon des Sept-Saints dormants d’Éphèse en fait partie. Une aubaine pour les couples islamochrétiens. À 32 et 33 ans, R. et S. en sont des habitués. Marié depuis 2004, le couple originaire du Centre va effectuer son quatrième pèlerinage au Vieux-Marché, village armoricain où se déroule le pardon depuis 56 ans. S’ils vont y jouer lors du fest-noz traditionnel, inhérents aux pardons en Bretagne, les deux professeurs de musique s’y rendent surtout pour partager en famille la dimension religieuse de l’événement. «Cela représente davantage pour moi que pour ma femme, reconnaît R., parce que je suis d’origine bretonne. J’ai toujours participé à des pardons, qui sont ancrés dans la culture de la région. Grâce au pardon des Sept-Saints dormants, j’ai pu faire découvrir mes racines bretonnes à ma femme et les faire partager à nos enfants»

L’événement reste un pardon traditionnel, les conférences et les rencontres interreligieuses étant organisées en parallèle des festivités. R. est d’ailleurs attaché à la définition qu’en donnait Louis Massignon, créateur du pèlerinage : le pardon traditionnel du Vieux-Marché, avec une greffe musulmane. «On ne vous prend pas votre pardon, on y ajoute une dimension supplémentaire», précise R., pour paraphraser Louis Massignon.

Si S. avoue avoir ignorer ce qu’était un pardon avant de rencontrer son époux, R. reconnaît lui-même que celui du Vieux-Marché lui était totalement inconnu jusqu’en 2004.

C’est cette «greffe musulmane» qui a retenu l’attention du couple. «Trouver un événement religieux qui nous rassemble correspond à une recherche d’une manière de vivre au quotidien la relation islamo-chrétienne», explique S. Ainsi, au retour de leur premier pèlerinage, R. et S. ont pu s’inscrire dans une démarche plus générale, en intégrant le Groupe de foyers islamo-chrétiens (GFIC), et partager l’expérience de vie et de foi d’autres couples mixtes.

«Comme les femmes ne sont pas tenues d’aller à la mosquée, je partageais assez peu de moments de prière avec ma communauté, se souvient S. Le pèlerinage permet aussi de se retrouver entre coreligionnaires pour entendre des récitations de sourates, pour prier»

Le couple reconnaît qu’avant le mariage, le dialogue avec d’autres couples islamo-chrétiens a renforcé leur volonté d’union. «Sans cela, nous n’aurions peut-être pas pu nous marier, car le faire accepter à ma famille a été difficile», avoue S. Aujourd’hui, elle et son mari prennent le relais de ceux qui les avaient conseillés, auprès d’autres jeunes couples.

«Notre mariage a finalement apaisé les tensions, explique R. Puisqu’il s’est réalisé, pour les musulmans, c’est que “c’était écrit”, que la volonté de Dieu a été faite»

Le couple, qui a participé également au pèlerinage islamo-chrétien de Chartres «sur les pas de Marie», regrette cependant que les événements religieux communs soient souvent impulsés par le milieu chrétien, quand tant d’événements culturels rapprochent les deux communautés. Mais ils sont convaincus qu’à l’image du partage de repas de rupture de jeûne dans certaines associations musulmanes pendant le Ramadan, d’autres événements interreligieux sont possibles.

Extrait

Du vendredi 5 au lundi 8 mai 2017 a eu lieu à Taizé un week-end d’amitié islamo-chrétienne. À l’initiative de Khaled Roumo, ami musulman de la communauté, il s’agissait de passer du temps ensemble en vue de partager une expérience spirituelle autour du thème : le goût de Dieu.

Chrétiens et Musulmans, ensemble avec Marie, se sont rencontrés le 25 mars, à l’occasion de la fête de l’Annonciation, dans plusieurs villes en France, en Belgique et en Afrique.

Les fêtes et les rituels sont un support essentiel pour nourrir un dialogue apaisé mais exigeant.
Vous trouverez ici des articles sur le sens des rituels dans nos deux traditions et des témoignages sur la façon dont les familles vivent ces moments forts au fil des années.

Découvrir à travers son couple une autre tradition religieuse et spirituelle, c’est aussi se plonger dans des textes fondateurs, faire de la théologie. Le GFIC est aussi un lieu pour développer sa curiosité et ses connaissances.