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Comment grandir ensemble dans la foi?

J-M Gaudeul, SRI [Réf. : Accueil et Rencontre, CPM, hiver 2003]

Vivre et grandir ensemble alors que l’on vient de deux cultures ou deux religions qui se sont trouvées en concurrence et même en lutte ouverte pendant des siècles, voilà le défi que relèvent bien des couples, en particulier ceux qui « conjuguent » une origine chrétienne et une origine musulmane.

 

Beaucoup, d’ailleurs, pensent que l’on ne peut parler de religion dans ces foyers qu’en se disputant sur les doctrines incompatibles des deux confessions et qu’il vaut mieux éviter le sujet. Cette stratégie risque de conduire un certain nombre de couples à élever leurs enfants de façon aussi religieusement neutre que possible, en leur laissant la liberté « de choisir leur religion quand ils seront grands ».

Les chances d’affrontement sont grandes, déjà, quand chaque conjoint se veut solidaire de son peuple et de sa culture d’origine face à « l’autre ». L’histoire de siècles passés nous montre combien ces cultures ont été marquées par les guerres qui ont opposé le monde chrétien et celui de l’islam. Le passé récent y a ajouté une dialectique du « dominant-dominé » dont les effets peuvent se réveiller à l’occasion de l’actualité (guerre du Golfe, attentats etc.). L’harmonie du couple demandera donc un changement de niveau qui les situera ensemble comme des artisans – différents mais complémentaires – d’un monde nouveau qui transcende les affrontements du passé.

Une démarche analogue est possible au plan religieux. Certes, il est souhaitable que chacun se sente vraiment solidaire de sa communauté religieuse. Que le conjoint chrétien soit vraiment chrétien et le conjoint musulman vraiment musulman. Mais cette appartenance religieuse, confessionnelle, n’est pas uniquement faite de fidélité à telle ou telle doctrine, à tel ou tel rite. Au delà de ces doctrines et de ces rites, le croyant perçoit un appel divin qui lui demande de reconnaître et d’accueillir le Dieu dont parlent ces doctrines, le Dieu qu’honorent ces rites.

On peut s’affronter au niveau des doctrines, et pourtant, reconnaître, en toute simplicité, que « l’autre », à sa manière, est engagé dans une authentique relation personnelle avec le même Dieu. Il faut donc dépasser le niveau de la simple discussion intellectuelle et théologique (si nécessaire qu’elle puisse être parfois) pour s’établir au plan de l’expérience spirituelle.

Deux conjoints de religions aussi différentes que l’islam et le christianisme peuvent, sans drame, découvrir qu’ils ont en commun beaucoup plus qu’ils ne le savaient.

Leurs idées sur Dieu peuvent différer, mais ils peuvent paisiblement reconnaître que Celui qu’ils nomment et recherchent est le Dieu Unique qui est au-delà de toute idée humaine, Celui qui a tout créé, qui les connaît, chacun par son nom, qui les a appelés à une expérience de foi, de confiance, de prière. Ils peuvent, dans un climat de remise de leur vie à Dieu, accepter de ne pas pouvoir faire toute la lumière sur leurs différences doctrinales.

Du coup, il devient possible, sans crainte d’affrontements stériles, de s’entretenir sur les dimensions fondamentales de cette expérience du « croire en Dieu »: dans les deux religions, avec des mots différents parfois, on décrit le vrai croyant comme un être qui cultive en lui des sentiments d’adoration, d’actions de grâces, qui demande pardon pour ses fautes, qui s’attache à rester conscient de la présence de Dieu, etc.

Dans les deux religions, Dieu est présenté comme un Dieu qui interpelle l’humanité à travers une Révélation (les deux peuvent différer, par contre, sur l’endroit où l’ont trouve cette révélation). De façon analogue, on décrit les attitudes demandées par Dieu à l’être humain: les mêmes vertus de force, de tempérance, de patience, de maîtrise de soi…le même accent sur le respect de l’autre, sur l’esprit de service, le dévouement.

Tout cela ne signifie pas que les deux religions distillent le même climat spirituel, mais ces différences elles-mêmes ne suppriment pas le fond commun. En échangeant à ce niveau, le chrétien pourra faire état de son expérience de se sentir attiré à Dieu dans une relation filiale où l’on est porté par la prière même de Jésus. Le musulman mettra peut-être l’accent sur une expérience de nudité spirituelle où l’on se dépouille de ses idées et de ses mots pour respecter le mystère insondable de Dieu. L’essentiel est que cet échange en reste au niveau – justement – du témoignage où chacun révèle un peu de son itinéraire vers Dieu sans tenter de prouver quoi que ce soit à l’autre. On n’est plus au niveau de l’affrontement intellectuel où chacun essaierait de convaincre l’autre qu’il est dans l’erreur. Il ne s’agit pas non plus de faire sentir, subtilement, que l’attitude de l’un est supérieure à l’autre: le chrétien comme le musulman sait bien que son expérience est faite de fidélité et d’infidélité, d’efforts et de pêché, de repentance; c’est un cheminement effectué cahin-caha comme on peut! On n’y partage pas des théories, mais du vécu.

Ce genre d’échanges n’est pas réservé aux couples. Il peut se dérouler entre amis, entre voisins, mais il risque d’être vital pour un couple qui veut baigner dans un climat de foi tout en respectant la fidélité religieuse de chacun des conjoints.

COMMENT ES-TU UN CONJOINT FIDELE A DIEU?

Si, entre chrétiens et musulmans, nous prenons l’habitude de causer à ce niveau-là, de partager sur notre expérience, sans juger l’autre; simplement en s’enrichissant du témoignage de l’autre, nous allons aussi grandir ensemble dans une certaine écoute de ce que Dieu est en train de nous appeler à vivre. Et fatalement, tôt ou tard, et peut-être plus tôt que plus tard, nous allons percevoir que Dieu nous appelle les uns et les autres à vivre d’une certaine façon les problèmes humains auxquels nous sommes confrontés. Nous allons fatalement percevoir un certain appel à bâtir en commun quelque chose en ce monde, parce que la vraie question n’est pas « Est ce que tu es fidèle à l’islam? Est ce que tu es fidèle au christianisme? », mais « Comment est tu un croyant fidèle à Dieu? Dis moi comment? Explique-moi comment tu fais; comment tu écoutes ton Dieu, comment tu essayes de lui être fidèle dans le quotidien? » Et là, il n’y a pas à prouver que l’autre a tort; il y a seulement à s’enrichir mutuellement de cette fidélité quotidienne de chacun à son Dieu. C’est le grand défi de la convivialité spirituelle qui permet de bâtir ensemble un vivre en commun et un témoignage en commun.

ET LES ENFANTS?

L’expérience de nombreux couples montre que les parents comme les enfants ressentent comme un manque de respect à leur égard tout essai d’embrigadement par l’une ou l’autre des deux religions. Chaque couple, évidemment, doit choisir le milieu dans lequel il va s’épanouir: va t-on vivre en France? en pays musulman? Aura-t-on la possibilité de vivre en foyer indépendant? Ou au sein d’une famille patriarcale étendue? La loi du pays décide-t-elle au départ de la religion que devront adopter les enfants? Ou au contraire, habite-t-on dans un pays laïc où l’appartenance religieuse est affaire de décision privée?

Selon la réponse à toutes ces questions, les couples optent pour des projets différents d’insertion des enfants dans l’une ou l’autre des deux religions que suivent leurs parents. Quelle que soit cette décision, la première éducation religieuse des enfants ne peut se contenter d’une simple appartenance à telle ou telle communauté. Le rôle des parents, dans ce domaine, est crucial: l’enfant peut, à l’éveil de sa conscience, baigner dans un climat où, malgré leur différence de religion, les parents expriment ensemble leur confiance en Dieu, leur conviction qu’il est présent, et qu’il les appelle à prier, à aimer, à servir. Ce n’est pas du prosélytisme confessionnel que d’inculquer ce sens de Dieu et de son appel. Certains foyers se sont regroupés pour donner à leurs enfants une sorte de première initiation à la foi – aux attitudes de foi – à la prière (au sens fort du mot), à la vie en présence de Dieu. Quelle que soit l’instruction religieuse – chrétienne ou musulmane – que recevront ensuite ces enfants, elle se greffera sur une expérience spirituelle déjà lancée et s’en nourrira.

Ces enfants choisiront-ils d’être chrétiens ou musulmans? Déjà, dans cette première initiation, la différence religieuse qui existe entre les parents peut être expliquée en terme de réponse à l’appel de Dieu: on ne choisit pas sa religion comme un paquet de lessive dans un supermarché. On répond à un appel de Dieu. La décision que prendra chacun des enfants à ce sujet ne doit pas peser sur eux comme la corvée d’avoir à choisir leur père plutôt que leur mère ou vice versa. S’il en était ainsi, ces enfants finiraient par…ne pas choisir du tout (et c’est, en effet, ce que font beaucoup d’entre eux). C’est Dieu qui choisira et les appellera, chacun là où Il voudra. Dès leur plus jeune âge, les parents peuvent inviter leurs enfants à demander à Dieu de les guider et de les orienter de la manière qu’Il voudra. Ce genre de prière pour être guidé est accepté tant par l’islam que par le christianisme. Les parents peuvent libérer leurs enfants en exprimant souvent leur conviction que Dieu guidera chacun et que tous, parents et enfants, respecteront cette orientation, cette vocation.

UNE AVENTURE

Le peu que nous avons décrit de cette voie spirituelle ne suffit évidemment pas à en épuiser toutes les dimensions. Le jeune couple qui découvre ce niveau d’échanges n’est qu’au début d’un cheminement où ne manqueront pas les moments de malentendus et d’incompréhension. Pour chacun, il s’agira de s’aventurer dans la découverte de l’incroyable liberté de Dieu qui guide chacun comme Il l’entend et qui nous accompagne jusque dans nos infidélités.

Comme beaucoup de couples, peut-être, le couple mixte connaître la difficulté d’échanger sur le plan spirituel alors que l’on y est pas habitué, alors que l’on partage sur tant d’autres plans que l’on ressent le besoin de garder, par devers soi, un jardin secret dont on ne parle pas.

Comme pour tous les couples, enfin, se découvrir compagnons de route devant Dieu n’entraîne pas forcément que le cheminement du conjoint deviendra clair et limpide. Le maître-mot, dans ce domaine, est peut-être celui de « confiance ». Confiance, car Dieu ne déçoit pas: quand on se confie à Lui, Il ne nous abandonne pas. Confiance car Lui seul connaît où il mène chacun, parents et enfants. L’avenir n’en est pas moins mystérieux, mais il prend forme en Dieu.

R.

Témoignage paru dans la revue Nouvelle Cité de mai-juin 2012

CPM Accueil et Rencontre, hiver 2003

On a 27 et 26 ans, on est internes en médecine et on est fiancés depuis peu. Vivre la dimension islamo-chrétienne en tant que couple, c’est la démarche d’accueillir l’idée qu’on peut être amoureux, et surtout construire une relation d’amour durable avec quelqu’un qui est tout autre dans sa culture et dans sa foi, et ceci malgré les préjugés que l’on a, qui sont parfois entretenus par l’entourage familial ou amical.

Marie D., GFIC

Marie explique comment elle et Abdelilah parlent régulièrement ensemble de leur foi.

Jean-Claude Noyé, Portrait paru dans le mensuel Prier

« Il nous a fallu redécouvrir le sens différent que nous donnions aux mêmes mots » , disent Nicole et Youssef. Depuis qu’ils se sont rencontrés, Nicole et Youssef approfondissent leur propre foi et découvrent celle de l’autre avec un enthousiasme intact

Dominique et Abderrahim, Revue Alliance (couples d’aujourd’hui)n°135/136, mai/août 2001

Dominique, chrétienne, et Abderrahim, musulman, marocain, sont mariés depuis 11 ans et habitent la région parisienne. Ils élèvent leurs trois enfants dans les deux religions, chacune étant présentée comme un chemin vers Dieu. Une règle : ne pas censurer ses convictions. Pas toujours facile… Pour le reste, l’Esprit souffle où il veut… Inch Allah !

Partager sa vie dans la durée avec un conjoint de culture et de religion différente est un défi. C’est aussi un choix qui suscite beaucoup d’inquiétudes dans l’entourage. Le GFIC ne propose ni modèle, ni conseils mais permet aux personnes concernées de puiser dans le récit des expériences diverses de ses membres.

Quel prénom donner à l’enfant ? Faut-il le faire circoncire ? Qu’en est-il du baptême ?  Ne seront-ils pas tiraillés entre deux cultures, deux religions, deux désirs ? Des questions auxquelles chaque famille répond de façon originale, à travers tout un cheminement toujours enrichissant et toujours personnel.