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Une foi à deux voix

Dominique et Abderrahim, Revue Alliance (couples d’aujourd’hui) n°135/136, mai/août 2001

Dominique, chrétienne, et Abderrahim, musulman, marocain, sont mariés depuis 11 ans et habitent la région parisienne. Ils élèvent leurs trois enfants dans les deux religions, chacune étant présentée comme un chemin vers Dieu. Une règle : ne pas censurer ses convictions. Pas toujours facile… Pour le reste, l’Esprit souffle où il veut… Inch Allah !

 

Dominique, 37 ans :
Quand nous nous sommes rencontrés, nous étions déjà tous les deux profondément ancrés dans notre religion. Abderrahim est musulman pratiquant. J’ai su immédiatement qu’il serait ferme sur ce que, comme chrétienne, je considérais à l’époque comme secondaire : la prière rituelle, le ramadan, les interdits alimentaires. Mon mari a toujours fait ses cinq prières quotidiennes, n’a jamais bu une goutte d’alcool, ni mangé de porc. Grâce à son humour, j’ai appris non seulement à vivre avec ces contraintes et à adapter la cuisine familiale, mais aussi à découvrir et comprendre cette dimension de la vie spirituelle qui passe par le corps, le temps, la concentration, l’effort pour se mettre à l’écoute de Dieu quelles que soient nos occupations. Nous avons beaucoup échangé durant les premières années, soutenus par le groupe d’amitiés islamo-chrétiennes du Centre spirituel du Hautmont, à Mouvaux (Nord) et maintenant par le groupe des foyers islamo-chrétiens, un réseau d’une centaine de familles avec qui nous pouvons partager notre particularité, réfléchir à notre place dans la société française, à l’éducation de nos enfants. Abderrahim et moi labourons un terrain culturel et spirituel commun fait d’apports coraniques et bibliques, de références chrétiennes et musulmanes qui nourrissent notre foi.
Nos enfants ont été circoncis et baptisés petits. Pour moi, la circoncision est un signe d’appartenance à un peuple, à une histoire et cela ne m’a posé aucun problème. Pour Abderrahim, elle a aussi un sens religieux. Le choix du baptême pose davantage de questions. C’est moi qui l’ai souhaité et Abderrahim l’a accepté dans la mesure où il est bien clair que le baptême ne transforme pas un enfant en chrétien comme par magie. Baptiser un enfant, c’est le plonger dans l’esprit de Dieu. C’est le confier au Christ. Si Dieu est Dieu, il ne compartimente pas sa grâce entre les chrétiens d’origine contrôlée et les autres. Je souhaite que le Christ soit près de nos enfants dans leur recherche personnelle de la Vérité. Des parents chrétiens et musulmans ont animé pendant deux ans un groupe d’éveil à la foi pour les enfants de 3 à 7 ans, et de découverte de l’islam et du christianisme pour les 8 à 13 ans. Nous avons parlé des fêtes, des prophètes, de la Genèse, d’Abraham, de Moïse, de Jésus, de Mohammed. Maintenant, nous cherchons une autre formule, moins lourde, car nous sommes un peu dispersés en région parisienne. L’important est qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas seuls dans cette situation, qu’il y a moyen de grandir à l’aise dans les deux religions.
Nous avons décidé que nous leur parlerions de nos religions et de notre foi respectives sans nous censurer. Je ne gomme pas ce qui nous sépare, sans toutefois en rajouter. Par exemple, je dis rarement que le Christ est fils de Dieu. C’est un point délicat sur lequel je ne suis moi-même pas tout à fait au clair. Je suis plus à l’aise pour dire qu’il est la Parole de Dieu faite homme pour nous faire comprendre que le premier commandement est de s’aimer les uns les autres. Qu’il a fallu la folie de la croix pour que nous admettions que Dieu se cache dans la faiblesse, dans l’homme souffrant, parmi les derniers d’entre nous.

Abderrahim :
Cela, c’est une manière de parler de Dieu que je comprends, que je trouve même très émouvante, mais qu’en tant que musulman, je ne peux pas partager. L’incarnation est le coeur de la foi chrétienne et est impensable pour nous. C’est ce qui nous sépare profondément. C’est comme cela. Accepter la foi de l’autre ne signifie pas qu’on doit oublier ce que l’on croit. En revanche, l’héritage est commun et le sens de la transcendance est partagé. Je ne crois pas que j’aurais pu épouser quelqu’un qui aurait été imperméable à l’idée même d’un Dieu unique. Avant de rencontrer ma femme, j’étais moi-même plein de préjugés sur les chrétiens dont le vocabulaire est toute de même source de malentendus si on le prend au pied de la lettre : fils de Dieu, Dieu le père… Quant à la trinité, allez expliquer cela à un musulman ! Je ne suis même pas sûr que la moyenne des chrétiens maîtrisent vraiment ce que cela signifie. J’ai redécouvert le christianisme et le judaïsme que je connaissais mal et qui font pourtant partie de mon histoire, puisque l’islam est en continuité avec ce qui le précède.
J’essaie de faire partager mes convictions à mes enfants, mais ce n’est pas facile. J’ai du mal à créer des occasions pour parler de l’islam, puisque nous vivons dans une culture occidentale et un milieu relativement indifférent. Nous avons davantage tendance à parler des fêtes chrétiennes, marquées par des jours fériés. Au Maroc, les enfants vivent au coeur de rituels nombreux et collectifs qui déclenchent leurs questions. Quand j’essaie d’expliquer ces rites, mes enfants sont vite dépassés car ils n’ont pas de repères. L’islam reste encore très abstrait. J’espère un jour pouvoir partager avec eux, par exemple, le sens de ces interdits alimentaires qui ne sont pas une contrainte religieuse gratuite, mais une façon de témoigner de l’amour et de l’adhésion qu’on éprouve pour Dieu. Je ne suis pas inquiet. Cette curiosité viendra quand ils seront plus disponibles, plus mûrs. Il est vrai que ma femme dispose de livres très attrayants pour parler des prophètes bibliques, de Jésus. Ce support de l’image, du livre, du chant, c’est ce qui manque beaucoup aux musulmans qui élèvent leurs enfants en France où la foi se cultive par la parole plutôt que par une culture et des rites qui baignent la vie.

R.

Témoignage paru dans la revue Nouvelle Cité de mai-juin 2012

CPM Accueil et Rencontre, hiver 2003

On a 27 et 26 ans, on est internes en médecine et on est fiancés depuis peu. Vivre la dimension islamo-chrétienne en tant que couple, c’est la démarche d’accueillir l’idée qu’on peut être amoureux, et surtout construire une relation d’amour durable avec quelqu’un qui est tout autre dans sa culture et dans sa foi, et ceci malgré les préjugés que l’on a, qui sont parfois entretenus par l’entourage familial ou amical.

Marie D., GFIC

Marie explique comment elle et Abdelilah parlent régulièrement ensemble de leur foi.

Jean-Claude Noyé, Portrait paru dans le mensuel Prier

« Il nous a fallu redécouvrir le sens différent que nous donnions aux mêmes mots » , disent Nicole et Youssef. Depuis qu’ils se sont rencontrés, Nicole et Youssef approfondissent leur propre foi et découvrent celle de l’autre avec un enthousiasme intact

J-M Gaudeul, SRI [Réf. : Accueil et Rencontre, CPM, hiver 2003]

Vivre et grandir ensemble alors que l’on vient de deux cultures ou deux religions qui se sont trouvées en concurrence et même en lutte ouverte pendant des siècles, voilà le défi que relèvent bien des couples, en particulier ceux qui « conjuguent » une origine chrétienne et une origine musulmane.

Partager sa vie dans la durée avec un conjoint de culture et de religion différente est un défi. C’est aussi un choix qui suscite beaucoup d’inquiétudes dans l’entourage. Le GFIC ne propose ni modèle, ni conseils mais permet aux personnes concernées de puiser dans le récit des expériences diverses de ses membres.

Quel prénom donner à l’enfant ? Faut-il le faire circoncire ? Qu’en est-il du baptême ?  Ne seront-ils pas tiraillés entre deux cultures, deux religions, deux désirs ? Des questions auxquelles chaque famille répond de façon originale, à travers tout un cheminement toujours enrichissant et toujours personnel.