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Faouzi Skali, le sage de Fès

Jean-Claude Esclaffait, Entretien paru dans La Vie, numéro 2896,1er mars 2001

La vérité, il l’a cherchée vainement dans les mathématiques et les sciences humaines. Ses racines religieuses, son identité, il les a trouvées en fait à Paris. Faouzi skali est maître soufi. Il perpétue une très vieille tradition familiale marocaine, qu’il a découverte au bout de ses études. Docteur en anthropologie, ce père de famille est directeur du festival des musiques sacrées de Fès. Un lieu splendide de rencontre pour les musiciens de tous pays et de toutes religions. Ce festival de plus en plus couru est, pour Faouzi Skali, une façon de réaliser son enseignement soufi. Cette spiritualité au coeur de l’islam a la « religion » de l’écoute et de la tolérance, loin, très loin des clichés sur les musulmans et leurs intégrismes. Rencontre avec un homme de dialogue.

 

Comment devient-on soufi ? Par héritage ?

En ce qui me concerne, cela n’a pas été du tout mécanique, mais plutôt une sorte d’héritage… a posteriori. Si durant l’enfance, j’avais été élevé dans une atmosphère religieuse, j’ai tout lâché à l’adolescence, au lycée français de Fès. Je suis venu ensuite à Paris faire des études de mathématiques, puis d’anthropologie. À l’époque, les questions religieuses se posaient à moi de façon abstraite. Jusqu’au moment où Dieu est devenu une interrogation incontournable. Dans ce contexte laïque, j’ai réalisé soudain que le sens que je cherchais depuis si longtemps à ma vie, c’était lui. Et je me suis intéressé à diverses sagesses religieuses, puis à l’islam.

Plutôt surprenant de découvrir ses racines si loin de sa culture d’origine ? 

Pas tant que cela. Il a fallu que je quitte ma famille, mon pays, pour me retrouver seul face aux questions d’identité. Dans mes études, c’est la recherche de la vérité, le désir d’absolu qui m’ont inconsciemment toujours conduit.

La vérité, vous avez tenté de la trouver aussi chez l’homme, après l’avoir cherchée vainement dans les mathématiques ? 

J’ai découvert que l’anthropologie, comme les mathématiques, était un savoir certes respectable, mais insuffisant, car elle ne pouvait transformer l’être. L’un des textes qui m’a le plus touché à l’époque, c’est le livre de la voie et des vertus de Lao Tseu. Quand je lisais ces phrases limpides, dont je ne comprenais pas tout le sens, j’ai eu la certitude que pour le découvrir, il fallait soi même l’éprouver, le vivre. Je me suis aussi intéressé au bouddhisme.

Pourquoi ce passage par les sagesses d’Extrême-Orient ?

Parce qu’elles expriment un dépouillement qui nous ramène à l’essentiel, à l’universel. La religion prise comme simple héritage culturel pouvait être un voile.

Car la proximité peut aveugler ? 

Oui. Et l’on finit par pratiquer par réflexe. Ce détour est justement profitable. En Occident, j’ai pris conscience, par exemple, que dans la langue arabe, le mot Dieu revient constamment. Cette présence de la transcendance dans la vie courante est comme une respiration permanente. J’ai ressenti alors loin de chez moi un manque.

Ce manque n’est-il pas nécessaire pour découvrir les trésors que l’on a chez soi ? 

Certainement. Et j’ai pris conscience que je n’avais pas vraiment lu le Coran, même si, enfant, j’en avais récité rituellement des versets. J’ai recherché ensuite des textes sur le soufisme et j’ai été fasciné par la richesse insoupçonnée de ce nouveau continent. Des siècles d’histoire que j’ignorais. Comme j’ai découvert la tradition soufie de ma famille, remontant au XVIIe siècle. Enfant pourtant je jouais dans la Zawia, centre soufi, de mon grand père, mais c’était pour moi un centre musulman comme un autre…

Qu’est-ce que le soufisme a de spécifique, par rapport à l’islam ? 

Il est le cœur de l’islam. C’est une manière d’être, une sagesse qui conduit à une grande simplicité, à une sérénité, une ouverture d’esprit. Le soufi, qui est un mystique vivant dans le monde, doit réaliser pleinement son humanité comme sa spiritualité. Le soufisme est un chemin de transformation intérieure. Car la connaissance de soi conduit à celle de l’autre et à celle de Dieu.

C’est le « Connais-toi toi même » de Socrate ? 

Oui, d’ailleurs il y a une phrase attribuée au prophète Mohammed qui dit : « Celui qui se connaît lui-même celui-là connaît son Seigneur ». Dieu n’est autre que La Réalité. Le soufisme, c’est le chemin qui mène vers ce sens, vers Dieu, à travers l’homme.

Mais le Dieu des musulmans, on ne peut le nommer, ni se le représenter. Comment peut-on l’approcher ? 

Dans l’islam, Dieu est plus proche de nous que nous mêmes. Mais en même temps, il est inaccessible. Il représente à la fois la transcendance et l’immanence. Ne voir qu’un aspect, c’est limiter son être. Dieu, Allah en arabe, Yahvé pour les juifs, c’est le Dieu de tous. Seule, l’approche est différente. Des versets du Coran disent qu’Allah est le premier et le dernier, l’intérieur et l’extérieur. Il est infiniment proche. Mais c’est aussi par cette proximité même qu’il se voile.

Parce que, comme diraient Platon et les bouddhistes, on vit dans l’illusion ?

Exactement. Il s’agit de passer de l’inconscience à l’éveil. On trouve aussi, avec ce que nous appelons le dhikr, la réminiscence platonicienne. Les invocations soufies vont retrouver la réalité divine en nous. Dieu est un trésor caché, au cœur de tous les êtres. L’homme a la liberté d’y accéder ou non.

Cette recherche s’appuie-t-elle sur la raison ? Ou est-elle de l’ordre sensitif ? 

Elle est méditative, par des exercices spécifiques. On entre alors dans un autre type de relation avec la transcendance. On accède à une forme d’intelligence supérieure à la raison discursive. C’est la perception intérieure, l’intelligence du cœur.

Comparable à celle de nos grands mystiques, Saint-Jean de la croix ou Thérèse d’Avila ? 

Il y a une parenté d’autant plus grande que la poésie soufie d’Andalousie a connu les mêmes influences… Le soufisme c’est non seulement la science du cœur, mais aussi celle du goût et de la saveur spirituelle. Une intelligence qui ouvre sur l’extase.

Mais les transes soufies ne conduisent-elles pas à un état proche de l’inconscience ? 

Justement non. L’extase véritable est un état au-delà de la conscience ordinaire, un élargissement de la perception. Elle ne fait pas tomber dans l’irrationalité, mais permet d’aller plus loin que la rationalité ordinaire, limitée à une perception immédiate. Dans l’extase, on éprouve des émotions supérieures qui nous conduisent à découvrir les réalités spirituelles de notre nature humaine.

D’où l’importance de la musique et de la danse, dans le soufisme ? 

Ce sont des conséquences et non un préalable. Un peu comme la danse de David qui, dans les psaumes, loue Dieu en entrant en harmonie avec la nature, avec les montagnes. La musique, c’est le langage de l’âme, un instrument de communion.

Et pourtant, la musique liturgique est souvent un lieu symbolique d’affrontement. Du moins dans le christianisme. 

Peut-être parce que l’on oublie l’essentiel. Chaque expression spirituelle particulière peut, si elle est authentique, rejoindre des personnes qui ne partagent pas la même foi. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre telle expérience ou telle expression religieuse. C’est la vérité de quelqu’un, d’une époque, d’un instant qui est communiquée. Je crois au dialogue des spiritualités à travers les musiques.

C’est ce que vous cherchez à faire au festival de Fès ?

Tout à fait. Ce partage d’expériences n’est ni de l’œcuménisme théorique, ni du syncrétisme. Il permet de découvrir d’autres réalités, les richesses du monde à travers l’art sacré. Ce ne sont pas d’ailleurs les moments les plus attendus qui font passer les plus grandes émotions. On a parfois des moments de grâce avec des artistes inconnus parce qu’ils révèlent une grande authenticité.

Vous personnellement, qu’avez-vous appris des autres traditions religieuses, à travers leurs musiques ? 

Les musiques sacrées révèlent la beauté intérieure de ceux qui la servent. Que ce soit avec le chant grégorien, le Gospel, les chants sacrés zoulous, soufis de haute Egypte ou de sœur Marie Keyrouz : chaque tradition est porteuse d’émotion. Cette expression, à travers ses particularités, conduit à une profondeur universelle, qui peut nourrir ma propre foi.

Mais jusqu’où peut-on aller dans cette compréhension de l’altérité, sans y adhérer ? 

Il ne s’agit pas de s’identifier à telle ou telle expression. Le festival de Fès n’est pas un lieu d’identification ou de prosélytisme. Il est un espace d’inter-connaissance, voire de communion. A travers des chemins particuliers, il révèle une permanence de l’histoire humaine : la recherche de l’absolu, l’interrogation sur la transcendance.

L’autre peut-il révéler ma propre vérité ?

Je le crois profondément. C’est une des plus grandes leçons de sagesse humaine. L’autre est à la fois un miroir et un révélateur de ma différence, de ma propre vérité.

Jusqu’où peut-on aller dans le dialogue sans renoncer à sa propre identité, sans perdre sa vérité ?

Quand la rencontre est authentique, respectueuse de l’autre, on s’enrichit toujours, sans rien perdre d’essentiel de ses convictions.

Dîtes-moi, l’islam ne nous a pas habitués à un tel discours de tolérance ? 

Pour moi l’islam, c’est ce que j’en ai reçu de mon grand père, puis bien plus tard de mon guide spirituel : l’attention aux autres, l’accueil. L’image due à des utilisations totalitaires de la religion est désolante.

Sans aller jusqu’à l’islamisme, avec son interprétation restrictive de la djihad – le combat contre l’infidèle – le statut inférieur du dhimmi, juif ou chrétien, cela existe tout de même ? 

On ne peut pas juger une religion, une culture a posteriori, hors de son contexte historique. C’est un problème universel. A l’époque du prophète, le statut de dhimmi a été institué pour protéger les minorités juives et chrétiennes. Le message profond de l’islam, c’est l’amour universel. Dieu a donné à chacun une voie, une règle et un chemin : c’est dans le Coran. L’islam dans l’Andalousie du Moyen Age a été un modèle de tolérance. Dans le Maroc d’aujourd’hui, les Juifs sont des citoyens à part entière, avec les mêmes droits, les mêmes devoirs qu’un marocain musulman.

Qu’est-ce que votre itinéraire spirituel vous a appris de fondamental sur l’homme ?

De ne pas désespérer de lui, même s’il y a parfois de quoi. L’autre est la clé de soi même, à condition de ne pas vivre replié sur ses identités factices. L’expérience humaine est absolument prodigieuse, même si elle est déroutante.  « Les hommes, dit un proverbe soufi, sont le voile suprême, mais ils sont aussi la porte. »

Anne F.

Notre amie Anne a écrit un texte pour l’édition de Noël du bulletin d’information de sa paroisse parisienne. Comme il y est question des foyers islamo-chrétiens, elle nous a permis de le publier sur le site du GFIC.
Dominique et Abderrahim

C. de Darassus [Réf. : Accueil et Rencontre, hiver 2003, revue des CPM]

Jeunes mariés, Sophie et Fouad confient à Accueil et Rencontre l’histoire de leur rencontre, de leur décision de se marier, la préparation et la célébration de leur mariage.

Sur le plan religieux, le mariage dans les deux traditions, musulmane et chrétienne, sont de nature différente comme vous le découvrirez dans cette rubrique.

Une fois le mariage décidé, on peut imaginer une cérémonie religieuse. Nous vous proposons quelques exemples de célébrations à l’Eglise ou dans un lieu neutre sous forme de livrets confiés par des membres du Gfic.